#Trolldevie

Intervention artistique : Théâtre et Radio au Collège André Chamson

Le cyberharcèlement est une des nouvelles formes de violences et de bizutage que subissent de plus en plus souvent les élèves de collège. Ce phénomène ne cesse de croître malgré les actions de prévention mises en place depuis quelques années. À titre d’exemple récent, citons le hashtag #anti2010, qui incite, via les réseaux sociaux, à humilier ou nuire d’une quelconque façon aux jeunes né-es en 2010, c’est-à-dire, ayant fait pour la plupart leur entrée en classe de 6ème.

En partenariat avec Radio Escapades, la compagnie Puppet Sporting Club a proposé d’utiliser le biais artistique pour inviter les adolescent-e-s à mieux appréhender ce problème et à être davantage en mesure d’y réagir, qu’ils ou elles soient témoins, victimes, ou bien complices voire auteur-es de harcèlement. Il s’agit de leur fournir des outils pour agir de façon autonome, les aider à cibler les personnes ressource au sein de l’établissement et en dehors, et les accompagner dans une réflexion de fond sur les mécanismes profonds du harcèlement et, plus particulièrement, du cyberharcèlement. En effet, cette forme de violences reproduit à la fois des logiques de bouc émissaire (nous nous sommes appuyés sur les mécanismes décrits par René Girard), et les mécanismes de sexisme ordinaire.

Cette action s’inscrit dans une dynamique plus large de prévention des cyberviolences, et de lutte contre le cyberharcèlement. Nous espérons bien sûr soutenir les victimes de ces violences, mais également mener une réflexion qui évitera à certain-es adolescent-es d’en devenir les auteur-e-s.
Sous forme d’une série d’ateliers de une heure hebdomadaire, de février à mai 2022, cette action s’est adressé pour partie aux élèves du collège du Vigan sur la base du volontariat. Elle avait pour objectif la création d’une fiction sonore, écrite, bruitée et enregistrée par les élèves.

Nous avons choisi d’associer théâtre et radio. Le théâtre est par définition l’art de la parole, la radio est l’art de l’écoute. De plus, la mise en jeu physique, sur scène, peut être un frein pour les plus timides. La radio permet davantage de recul et de discrétion, tout en demandant une implication importante. La radio permet également une deuxième entrée axée sur l’aspect technique. D’autre part, le lien entre théâtre et radio nous permettra une mise en abîme de la relation virtuelle qui est à la base des cyberviolences. En effet, la distance entre l’auteur-e des violences et les victimes, renforcée par les réseaux sociaux, a largement été démontrée par le passé comme facteur facilitant les actes violents.

Le 31 mais, une écoute en public des réalisations des élèves à l’Auditorium du Vigan, ouverte aux parents et à l’ensemble des élèves et personnels de l’établissement, a clôturé le parcours. L’écoute a été suivie d’un débat sur le harcèlement.

Le 9 juin à 18 h 15 une nouvelle écoute publique aura lieu au cinéma le Palace au Vigan dans le cadre du festival Éclats de lire (entrée libre) / un point d’écoute fixe sera mis en place au centre le Bourilhou cette semaine là. La fiction sera également diffusée sur les ondes de Radio Escapades.

Les Cyberviolences, c’est quoi ?

Les cyberviolences sont une des formes de violence à l’école qui s’est développée en même temps que les réseaux sociaux. Elles regroupent en particulier :

les propos diffamatoires et discriminatoires ou à visée diffamatoire ou discriminatoire ;

les propos humiliants, agressifs, injurieux ;

la divulgation d’informations ou d’images personnelles (volées et/ou modifiées et/ou

choquantes) ;

la propagation de rumeurs ;

les intimidations, insultes, moqueries, menaces ;

les incitations à la haine ;

l’usurpation d’identité, le piratage de compte.

Les élèves qui en sont victimes sont souvent les plus faibles et cela renforce encore davantage leur isolement. Les cyberviolences – ainsi que l’usage intensif des réseaux sociaux et d’internet – ont été identifiés comme une source importante de décrochage scolaire. Cela peut avoir des conséquences sur la vie des jeunes, notamment par une difficulté d’intégration dans la vie publique, sociale et professionnelle, ou par des difficultés dans la relation à l’autre, y compris dans la sphère dite privée. On parle de cyberharcèlement quand il y a répétition intentionnelle d’une ou plusieurs formes de cyberviolence, dans la durée. Il peut être le fait d’une ou plusieurs personnes, à l’encontre d’une ou de plusieurs victimes qui peuvent difficilement se défendre. On retrouve dans le cyberharcèlement les caractéristiques du harcèlement : déséquilibre des forces (la victime a généralement une plus faible maîtrise des outils ou applications, et son réseau social est moins développé) et isolement de la victime. Le cyberharcèlement, est « un acte agressif et intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes électroniques de communication, de façon répétée, à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule » (Peter K. Smith, Jess Mahdavi, Manuel Carvalho, Sonja Fisher, Shanette Russell, Neil Tippett, « Cyberbullying: Its nature and impact in secondary school pupils », Journal of Child Psychology and Psychiatry, 2008). Il est à noter que la lutte contre les cyberviolences en milieu scolaire s’inscrit dans la lutte contre le sexisme et pour l’égalité entre les genres. En effet, les filles sont davantage la cible de ces violences que les garçons. Pour exemple :

13 % des filles sont victimes de rumeurs sur les réseaux sociaux (6 % des garçons).

20 % des filles sont victimes d’insultes sur leur apparence physique (13 % des garçons).

4 % des filles (1,3 % des garçons) sont victimes de diffusion de photos intimes sans leur accord, par exemple dans le cadre d’une rupture amoureuse ou amicale.
On parle alors de
cybersexisme, d’autant plus difficile à prévenir qu’il se caractérise par une double invisibilité : parce que les faits de cybersexisme se situent dans la sphère numérique qui échappe aux adultes, et parce qu’ils prennent racine dans le sexisme ordinaire, souvent banalisé ou minimisé.