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H.S. UNE NOUVELLE CRÉATION

Pour prolonger son travail autour des mécanismes de harcèlement et de cyberharcèlement, le Puppet Sporting Club entame une double création à destination des adolescent-e-s et des adultes.

> UN SPECTACLE-ACTION pour fin 2024
Forme brève et interactive qui tournera en collèges et lycées, elle mêlera impromptus marionnettiques, temps de débats et pratique artistique.

> UN SPECTACLE pour fin 2025
Forme longue en marionnette qui tournera en théâtres, elle s’adressera aux ados et adultes ; inspiré du texte de Yann Verburgh, H.S. Tragédies ordinaires (Quartett 2019).

CRÉER EN IMMERSION DANS LE MONDE DES ADOS

Les ados sont un public souvent difficile à comprendre.
Les rencontrer et échanger avec elles et eux tout au long de la création nous permettra de trouver une adresse juste, nourrie de leurs points de vue et envies.
En 2024 et 2025 nous animerons des ateliers, proposerons des rencontres, et récolterons des témoignages auprès des habitant-e-s des territoires Pic Saint-Loup, Causses et Cévennes, en priorité dans les collèges et espaces ados.

AUX ORIGINES : #TROLLDEVIE

En 2021-2022, nous avons mené un atelier de théâtre et radio sur le harcèlement au collège du Vigan, aboutissant à la création d’une fiction sonore,#Trolldevie. Ce projet s’articulait en trois phases :

> des séances de sensibilisation aux mécanismes de harcèlement et de cyberharcèlement, mêlant des moments de réflexion collective, d’enregistrement de témoignages des élèves et de jeux de théâtre ouvrant sur une mise en pratique.

> une phase d’écriture et d’enregistrement, centrée sur une rencontre avec Sylvain Levey, autour de sa pièce Michèle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? (Éditions Théâtrales, 2017).

> une phase de diffusion ouvrant sur un débat auprès d’ados ou en milieu professionnel auprès d’adultes. La fiction est aujourd’hui en écoute sur notre site internet.

Cette première approche a fait ressortir la nécessité de s’emparer du sujet, de faire vivre des espaces de parole, mais aussi de transmettre et d’inventer des outils.

 

              

LA QUESTION DU BOUC ÉMISSAIRE

S’il se retrouve dans toutes les sphères de la vie quotidienne : le travail, la famille et, de manière générale, au sein des groupes humains, le harcèlement et le cyberharcèlement sont un problème majeur dans les établissements scolaires.

Ce phénomène social n’est pas nouveau mais il a pris de  l’ampleur depuis l’apparition des réseaux sociaux et, de ce fait, il a changé de forme. Les travaux de René Girard sur la figure du bouc émissaire aident à mieux l’appréhender. Pour le philosophe, les mécanismes créant le bouc émissaire ont une fonction de ciment social qui, notamment en cas de crise, permettent de renforcer le groupe). Un individu, ou un groupe d’individus, est rendu responsable de la crise et isolé. Il s’agit de créer du commun dans le rejet d’un-e autre.
Mais, pour que cela fonctionne, il faut que la raison de l’exclusion soit tangible, que l’on puisse « y croire », en quelques sortes.
L’auteur nous permet de comprendre que l’ensemble de ces mécanismes forment un système complexe, dans lequel les acteurs sont interdépendants, pris au piège de relations subies et qui les dépassent. Il n’est donc pas possible de penser le harcèlement en termes de comportements individuels problématiques et les solutions envisagées pour y mettre un terme doivent prendre en compte ses multiples facettes, et les différents acteurs doivent pouvoir s’y impliquer et en être les moteurs.

Julie Rosselo-Rochet, auteure de la pièce Cross, le chant des collèges (Éditions théâtrales, 2016), s’est quant à elle penchée sur la question du harcèlement en milieu scolaire.
Elle en définit trois caractéristiques dominantes qui doivent aider à l’identifier :

> la violence,
> la répétitivité,
> l’isolement de la victime.

Elle constate aussi que « le phénomène se développe le plus souvent lorsque le climat scolaire de l’établissement est dégradé ou quand les situations de harcèlement sont mal identifiées ». Autrement dit, le collège, à l’image de la société, est un lieu de reproduction des mécanismes sociaux que les enfants apprennent – de façon souvent involontaire – auprès des adultes. Le théâtre ni l’action culturelle – pas même, hélas, la marionnette… – ne pourront résoudre les problèmes de violence qui structurent la société. Mais ils peuvent avoir une double fonction : aider à rendre visibles les mécanismes de la domination, et surtout, comme le dit Julie Rosselo Rochet, éclairer « les zones de résistance possibles », « allumer les portes de sortie à la violence ».

UN SPECTACLE-ACTION EN MILIEU SCOLAIRE

La plupart des ados fréquentent les théâtres en tant que public captif (au sens de capturé) et leur implication lors d’ateliers ou d’interventions est souvent assez faible.
Quelles sont les possibilités offertes par des rencontres sur leur temps libre, pendant les interclasses et la pause méridienne ?
Nous croyons que la meilleure solution est bien souvent celle que l’on choisit, et qu’interpeller les ados d’une manière a laquelle ils ne s’attendent pas pourrait leur donner envie de s’impliquer d’avantage.

QUEL PROCESSUS DE CRÉATION ?

> Des résidences de territoire pour créer in situ, au contact d’ados à partir de janvier 2024 dans deux collèges du Gard et avec Bouillon Cube et la Filature du Mazel.

> Des moments d’exploration et d’expérimentation : ateliers de réflexion et de pratique artistique, récoltes de témoignages, ateliers d’arts plastiques, débats, etc.

> Des adultes impliqué-e-s : les résidences en collèges seront aussi l’occasion de recueillir les témoignages des adultes (surveillant-e-s, enseignant-e-s, agent-e-s d’accueil et d’entretien, etc.), de nous nourrir de leur expérience. Directement concerné-e-s par le harcèlement, beaucoup le subissent de la part des élèves ou de leurs collègues, certains y participent.

Une démarche s’appuyant sur des associations locales pour bénéficier de leur expérience et soutenir leur action.

UN SPECTACLE ADOS ET ADULTES

Le spectacle va s’inspirer du texte de Yann Verburgh, H.S. Tragédies ordinaires (Quartett 2019).

Construit comme une tragédie (ordinaire), ce livre présente une succession de tableaux mettant en scène des situations de harcèlement et de domination, et les différents acteurs, des adultes démunis ou injustes, aux jeunes acteurs et-ou victimes. Par exemple :

quatre filles décidant de partager sur les réseaux la photo d’une camarade nue.

des parents dont la litanie de questions masque mal le manque d’écoute

un élève menaçant avec une arme son professeur d’histoire après que celui-ci a « initié la violence collective » contre lui sur des prétextes racistes

un conseil de discipline dans un établissement où il est interdit de prononcer le mot harcèlement

Les tableaux sont entrecoupés de chœurs qui rythment la pièce. L’auteur les a composés à partir d’échanges avec les jeunes et de témoignages récoltés lors d’ateliers en milieux scolaires.

La violence des jeunes est à l’image de leur environnement, familial et scolaire, et les situations se reproduisent à différents niveaux. Le harcèlement est présenté comme un système, dont les acteurs sont interdépendants et non pas sous l’angle d’un comportement individuel problématique.

Ce texte nous parait d’autant plus pertinent qu’une analyse juste, sensible et précise des mécanismes de harcèlement favorisera l’identification du phénomène.

La violence du texte n’est entendable que parce que l’auteur propose des pistes de réparation, de solidarité et de changement. Ainsi, le dernier chœur de la pièce, Retourner à l’école, est une suite de paroles réconfortantes, et valorisantes.

MARIONNETTES, SCÉNOGRAPHIE,
PREMIÈRES PISTES
POURQUOI CETTE ESTHÉTIQUE ?

La marionnette permet de rendre visible l’invisible et de dire l’indicible. Elle invite au détour. Elle passe « par la bande », comme un bon coup au billard, pour approcher au plus près du sujet. En agissant avec distance, elle donne une légèreté pour toucher à la complexité des choses et des situations.

Elle nous parait d’autant plus pertinente que le texte de Yann Verburgh ne nous épargne pas et ne nous laisse pas nous replier sur d’illusoires positions de confort… Les situations sont exposées de façon crue, directe – et si cette approche est efficace pour échanger avec les ados, elle nécessite aussi de trouver de la distance, de la légèreté, de l’humour.

À suivre…